Allocution du premier ministre du Québec, M. Philippe Couillard, à l’occasion des funérailles de M. Paul Gérin-Lajoie



La version prononcée fait foi.

Mesdames, Messieurs les enfants de Paul Gérin-Lajoie, François, Bernard, Sylvie, Dominique,

Petits-enfants et arrière-petits-enfants,

Proches et amis de la famille,

Je vous présente les condoléances du peuple québécois.

Monseigneur Lépine,

Avec la mort de Paul Gérin-Lajoie, un chapitre de notre histoire se termine. Mais nous savons qu’il continuera d’inspirer le grand livre de notre avenir.

Lorsque disparaissent des figures marquantes de notre aventure commune, nous nous rappelons avec gratitude leur contribution au progrès du Québec. Et leur œuvre s’ancre alors dans notre mémoire.

Mais il sera difficile de parler de Paul Gérin-Lajoie au passé, car son legs appartient à l’intemporel et à l’universel.

De tout temps, la transmission des connaissances et l’éducation ont été la clé du progrès des peuples. C’est encore vrai aujourd’hui et ce sera encore vrai dans cent ans, car la connaissance sera toujours une quête. Chaque question qui trouve réponse s’ouvrira toujours sur dix nouvelles.
Pourquoi? Comment? Et donc : Pourquoi pas?

Cette quête permanente et exaltante du savoir, Paul Gérin-Lajoie l’a rendue accessible à tous les enfants du Québec. Il a démocratisé l’éducation en réunissant les écoles de rang, les collèges classiques et les universités sous une autorité civile. Il a établi le principe de l’égalité des chances et de la gratuité scolaire.

Il a mis sur pied la commission Parent et constitué un véritable réseau de l’éducation dont l’ambition demeure : permettre à n’importe quel enfant d’atteindre la plus haute marche ; dévoiler le trésor que chacune, chacun porte en soi.

Pour tous les enfants. Les garçons ET les filles. Beaucoup d’entre elles sont venues témoigner leur reconnaissance.

Son impact a été transformateur. Sous son impulsion, les Québécoises et Québécois ont accompli l’un des plus formidables rattrapages en éducation au monde.

De tout temps également, le progrès des peuples a été lié à leur capacité de coopérer, de commercer, d’échanger, de se projeter dans le monde. Là aussi, Paul Gérin-Lajoie a changé la trajectoire du Québec.

C’est la doctrine Gérin-Lajoie. L’assise politique de l’action internationale du Québec. Elle se résume simplement : ce qui est de compétence québécoise chez nous est de compétence québécoise partout.

C’est sur cette base que le Québec s’est donné un réseau de 32 représentations à l’étranger et qu’il entretient des relations avec des gouvernements du monde entier.

Cette philosophie aura été une sorte de mise au monde du Québec, un tremplin dont bénéficient aujourd’hui notre jeunesse, nos entrepreneurs, nos créateurs et nos scientifiques.

Après son retrait de la vie politique, Paul Gérin-Lajoie a dirigé l’Agence canadienne de développement international, étendant sa mission éducative dans les pays en voie développement, particulièrement en Afrique francophone. Puis, il a pris les rênes de la Fondation Paul Gérin-Lajoie, vouée à l’éducation à travers le monde, et dont la Dictée PGL est l’étendard le plus connu.

Hier, j’ai vu qu’il en portait l’épinglette.

Éducation, relations internationales, aide au développement : son empreinte est à la fois diffuse, profonde et indélébile.

Je garderai en mémoire sa participation à des événements publics où, malgré son très grand âge, sa fragilité physique, il intervenait avec force et éloquence sur la question de l’éducation et la raison d’être de nos institutions publiques. Quel contraste entre l’image de cet homme très âgé, recroquevillé sur son fauteuil, et la clarté de l’intellect rendue encore plus évidente par la force du propos.

Et bien sûr, tout cela dans une langue de grande qualité. Pas un accord qui cloche, pas une liaison qui manque et toujours le mot juste.

Je sais qu’en voyant, en entendant cet homme remarquable, beaucoup se sont dit : il a raison, il faut rester fidèles aux grands principes fondateurs qui ont guidé son action.

Le Québec de 2018 doit beaucoup à Paul Gérin-Lajoie.

Le Québec de 2038 devra beaucoup à Paul Gérin-Lajoie.

Sa marque sur le Québec est permanente.

Il laisse dans le deuil un peuple reconnaissant.

À nous de préserver sa mémoire et son héritage.
Au nom de toutes les Québécoises et de tous les Québécois, je dis adieu et rends hommage à ce grand artisan de la Révolution tranquille qui a ouvert au Québec les portes de la modernité.

À nous de les ouvrir encore plus grandes et, sous sa dictée bienveillante, d’écrire les prochaines pages de notre histoire.

Allocution tirée du site du premier ministre du Québec