L’entrepreneuriat féminin : le point d’entrée pour l’autonomisation des femmes

Photo 1 : Crédit photo : RAIL - Atelier de formation sur la production de savons : distribution des kits de démarrage de l’activité aux groupements (Bénin)

Crédit RAIL – Atelier de formation sur la production de savons : distribution des kits de démarrage de l’activité aux groupements (Bénin)

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Initiative pour la coconstruction d’un savoir commun sud sud et sud-nord sur l’Entrepreneuriat féminin (ISEF)

Le programme ISEF de la Fondation a lancé ses premières activités auprès de femmes entrepreneures du Bénin et du Rwanda.

La participation des femmes à la vie économique et l’accroissement de leur pouvoir d’action dans ce domaine sont essentiels pour renforcer leurs droits, leur permettre d’avoir la maîtrise de leur vie et d’exercer une influence au sein de la collectivité (OCDE, 2011). En adéquation avec cette affirmation de l’OCDE, le programme ISEF, financé par le MRIF du Québec, vise à accroître l’autonomisation économique des filles et des femmes grâce à l’entrepreneuriat. Depuis janvier 2022, 258 Béninoises et Rwandaises se sont engagées aux côtés de la Fondation Paul Gérin-Lajoie et de ses partenaires d’intervention, l’APRETECTRA et le RAIL du Bénin et la Maison Shalom du Rwanda, à devenir des actrices de changement, à défendre leurs droits et lutter contre la pauvreté, et ce, malgré les multiples obstacles auxquels elles doivent faire face.

Le matin du 25 février dernier, Dame Eugénie, femme entrepreneure de Porto Novo (Bénin), s’est présentée dans les bureaux du Réseau d’Appui aux Initiatives Locales (RAIL). Elle tenait dans ses mains un précieux trésor qu’elle montra fièrement à Cyre Ahissouvou, animatrice de l’ONG, partenaire de la Fondation dans le programme ISEF. C’étaient plusieurs pains de savon qu’elle avait confectionnés elle-même après avoir suivi la formation donnée par l’ONG quelques semaines plus tôt. Dame Eugénie appartient à un groupement de dix femmes qui l’avait déléguée pour participer à cet atelier avec d’autres femmes. Elle en était repartie avec de nouvelles compétences et un kit de matériel et d’équipement pour démarrer l’activité. « Pendant cette formation », raconta-t-elle à Cyre, « je me suis aperçue qu’avec peu de moyens, je pouvais mener personnellement cette activité, puis j’ai commencé avec grande conviction. J’ai bien vendu et les revenus m’ont permis déjà de payer mon droit d’adhésion et partiellement ma part sociale dans mon groupement. Maintenant, je vends bien mes savons et je vis de cela avec mes filles. » Dame Eugénie a trois filles de 13, 8 et 6 ans. Depuis plusieurs mois, elle vivait dans la maison de ses parents, séparée de son mari qui un soir, l’a rejetée et fait sortir dans la nuit profonde pour dormir dans la cour familiale. C’est l’une de ses cousines qui l’a faite intégrer dans un groupement de femmes suivi par le RAIL. Ce jour de février, elle était revenue voir l’équipe de l’ONG et lui dire toute sa reconnaissance pour cette opportunité offerte et vendre, par la même occasion, ses savons. 

Autonomisation économique : transformation des rapports de pouvoir entre les femmes et les hommes

Crédit : Maison Shalom – Collecte des données de base au Centre Élite de Mahama (Rwanda)

Dans les prochains mois, Dame Eugénie suivra plusieurs ateliers, tout comme les autres filles et femmes accompagnées vers l’autonomisation économique par les trois ONG partenaires de la Fondation. Chacune des organisations a procédé à un diagnostic des besoins des groupements et des entrepreneures individuelles sélectionnées par le programme au niveau technique, organisationnel, matériel et une collecte de données aussi bien dans le domaine professionnel qu’aux niveaux personnel et familial afin de déterminer le type d’appui qui seront offerts prioritairement. 

De ces diagnostics et collectes, les ONG ont tiré des plans de formations des entrepreneures intégrant plusieurs volets, car l’autonomisation économique des femmes ou le renforcement de leur pouvoir économique ne concerne pas que les revenus, c’est un concept très large qui englobe la réalisation de plusieurs droits, et mène à une véritable transformation des rapports de pouvoir entre les femmes et les hommes (AQOCI, 2014).

Autonomisation économique : capacités d’agir et de prendre des décisions 

Premier volet : le renforcement technique (production, stockage, transformation et commercialisation) et entrepreneurial (plan d’affaires, démarrage d’entreprise, recherche de financement, gestion comptable, gestion des réseaux sociaux, respect de l’environnement, formalisation, etc.). Par définition, l’autonomisation inclut la capacité des femmes à générer des ressources suffisantes, d’une manière durable, pour qu’elles puissent répondre à leurs besoins, à ceux des personnes à leur charge, et assurer leur autonomie. Or la discrimination et la violence basées sur le genre (notamment dans les écoles) poussent les femmes à la déscolarisation précoce ce qui les condamne souvent à des emplois précaires et mal rémunérés.  Soixante-dix pour cent des entrepreneures du programme ISEF se déclarent analphabètes totales ou partielles. 

Crédit : APRETECTRA – Des femmes entrepreneures dans la transformation de banane plantain en chips (Bénin)

Second volet : appui matériel et accompagnement financier. Le programme dotera les entrepreneures de matériels et d’équipements de production ce qui les conduira à améliorer la productivité de leur entreprise, sa rentabilité économique, et par voie de conséquence, à augmenter leurs revenus. Parallèlement, elles seront également accompagnées dans leurs démarches auprès d’institutions de microcrédit pour la mise en place de mécanismes d’épargne collective ou individuelle qui leur permettront d’obtenir des crédits. Ce renforcement financier vise à développer des réflexes d’épargne pour non seulement réinvestir dans des activités économiques, consolider et rendre pérenne leurs productions, mais aussi pour favoriser une pratique de l’épargne en vue de réguler la consommation pour mieux gérer les risques. Ce réflexe d’économie rendra les filles et les femmes du programme plus résilientes aux situations d’urgence, comme la COVID-19 ou les aléas climatiques.

Pour le dernier volet, les partenaires d’intervention de la Fondation emprunteront la voie de la sensibilisation à l’égalité de genre, concept clé autour duquel doivent se rassembler les entrepreneures et leurs communautés pour susciter un réel changement. En effet, l’autonomisation économique ne peut prendre corps que si les femmes sont à même de prendre des décisions concernant les bénéfices qui résultent de leurs activités économiques et les événements importants de leur vie au sein de leur famille (ex. grossesse). Ce pouvoir de décision exercé sans contrainte requiert confiance en soi, estime de soi ainsi qu’une solide conviction de l’existence et de l’obligation de respect de droits socio-économiques des filles et des femmes, incluant le droit à l’éducation. 

Les premières données relevées des diagnostics nous apprennent que soixante-seize pour cent des filles et des femmes intégrées dans le programme ont un haut ou très haut niveau de pouvoir personnel (confiance en soi, estime de soi et croyance dans l’égalité de genre).  Ce taux élevé témoigne selon Eugénie Mukanoheli, chef de projet de la Maison Shalom (Rwanda), de la détermination des femmes à entreprendre pour soutenir leurs familles. « Les femmes, explique-t-elle, prennent de plus en plus conscience de tout ce dont leurs ménages ont besoin pour améliorer leur bien-être et que tout ne devrait pas reposer seulement sur les hommes. C’est le résultat d’une politique de promotion de la femme et de l’égalité des genres très active au Rwanda ». Reine Bossa, directrice exécutive de l’APRETECTRA, reconnaît volontiers cette détermination qui apparaît dans les données. « Les femmes du Département du Mono que nous accompagnons nous ont informé avec beaucoup d’énergie qu’elles contrôlent leurs revenus car étant émancipées de mieux en mieux grâce aux sensibilisations des ONG et aux expériences de vie de leurs paires », mais elle ajoute également que le vécu des femmes ne reflète pas toujours cette situation. « Il y a des facteurs externes comme le contexte COVID, le manque d’appui des banques, le manque d’accès à la terre, la culture du milieu, le manque de services aux entrepreneures, etc. qui minent cette confiance et qui fait que parfois c’est le monsieur qui prend le lead ». Et « à regarder de très près, renchérit Éric Dossa, Chef de projet et directeur exécutif du RAIL, c’est le manque de leadership et de valorisation de leur plein potentiel, qui font que ces filles et ces femmes n’arrivent toujours pas à sortir du carcan de la pauvreté. Oui, il y a la croyance, conclut-il, mais il y a la réalité qui étouffe cette croyance ». C’est pourquoi pour consolider la confiance de ces femmes et forcer son enracinement dans la réalité, les partenaires d’intervention organiseront des ateliers de formations en leadership féminin, en conciliation travail-famille et sur les violences basées sur le genre (VBG), sans oublier le droit à la scolarisation des filles. Ils réaliseront également des campagnes de sensibilisation et de plaidoyer auprès des hommes (pères/frères/maris) et des communautés afin de les mobiliser aux côtés des filles et des femmes pour lever les barrières qui les empêchent de jouer pleinement leur rôle d’actrices de changement et contribuer en toute égalité à la croissance économique de leur pays et de leur collectivité (AQOCI, 2014). 

Projet réalisé avec l’appui financier du ministère des Relations internationales
et de la Francophonie.